L’évolution du soutien aux arts offert par le Conseil
Le Conseil des Arts du Canada a été créé en 1957 par une loi du Parlement. Son mandat était très large : « favoriser et promouvoir l'étude et la diffusion des arts ainsi que la production d'œuvres d'art. » Financé à l’origine par les revenus d’un fonds de dotation, le Conseil a commencé à recevoir des crédits annuels du Parlement à la fin des années 1960. Aujourd’hui, le Parlement fournit la majeure partie des ressources au Conseil.
La Loi sur le Conseil des Arts du Canada ne précise pas quel genre d’organisme le Conseil devrait être ou la manière dont il doit exécuter son mandat. Parmi les décisions les plus déterminantes qu’il a dû prendre au cours de ses premières années d’existence, le Conseil a décidé de se concentrer sur les artistes et organismes artistiques professionnels et d’œuvrer principalement comme organisation subventionnaire.
Au fil des ans, le Conseil a beaucoup évolué, s’adaptant aux nouvelles méthodes de création, de production et de diffusion des arts ainsi qu’aux changements dans la société canadienne.
- Pendant les premières années d’existence du Conseil, ce dernier s’est souvent demandé s’il devait en priorité rehausser les normes d’excellence en reconnaissant ce qu’il y avait « de mieux » dans le domaine des arts ou, plutôt, distribuer ses ressources plus largement et selon une formule plus démocratique (« élever » ou « propager », comme le définit le Conseil). À son début, le Conseil préférait généralement la première de ces options. L’organisme consacrait alors une grande partie de son énergie et de ses ressources au développement d’une infrastructure pour les arts professionnels dans les deux langues officielles, et ce, principalement en milieu urbain.
- La fin des années 1960 et le début des années 1970 ont été caractérisés par l’arrivée de la première génération d’artistes et de gestionnaires des arts formés et perfectionnés au Canada. Cette période a amené un vent de changement social et d’effervescence, alors que les citoyens réclamaient une plus grande démocratisation des institutions publiques et qu’un ministre fédéral responsable de la culture (Gérard Pelletier) mettait en place une politique de « démocratisation et de décentralisation ». Le Conseil des Arts du Canada a alors commencé à rapprocher beaucoup plus activement les arts et la population. Pour ce faire, il a facilité l’admissibilité de nouveaux artistes à ses programmes, élargi le cadre des disciplines artistiques qu’il subventionnait et lancé des initiatives spéciales ciblant les régions sous-représentées. Parmi les exemples concrets de ce changement d’orientation figure la création de l’Office des tournées, du programme Explorations, du programme de subventions globales destiné aux maisons d’édition, et de la Banque d’œuvres d’art dans les années 1970. Des mesures spéciales ont été prises en réponse à la sous-représentation des organismes subventionnés par le Conseil dans les provinces de l’Atlantique et pour tendre la main aux artistes de la région du Nord. Au début des années 1970, le Conseil a aussi mis fin à la pratique alors courante des comités d’évaluation par les pairs composés exclusivement d’hommes.
- Du milieu des années 1970 au milieu des années 1980, le Conseil a reconnu comme grande priorité le besoin de reconnaître les œuvres canadiennes. Il a commencé à accorder son soutien à un nouveau courant d’organismes dirigés par des créateurs et à encourager les organismes artistiques de répertoire à présenter de nouvelles œuvres canadiennes. Le Conseil a également accordé une attention particulière à l’attribution de subventions aux artistes, à titre individuel. Ces changements ont été apportés en réponse à l’émergence de nouveaux organismes artistiques, dont certains étaient dirigés par des jeunes ayant reçu au départ des subventions d’emploi pour jeunes du gouvernement fédéral, ainsi qu’à l’arrivée de nouvelles voix créatrices, y compris celles des femmes et des artistes francophones hors Québec. En plus d’adopter des mesures d’incitation à la création d’œuvres canadiennes, le Conseil a soutenu les centres d’artistes autogérés, les théâtres parallèles, les compagnies de danse contemporaine, les périodiques d’art, les ensembles de musique nouvelle et les petits ensembles de musique classique. Le Conseil a également permis à un nombre bien plus grand d’organismes d’obtenir des subventions et, au début des années 1980, a créé le Service des arts médiatiques. Au cours de cette décennie, le financement des arts par les provinces a augmenté considérablement.
- Pendant les années 1970 et 1980, reconnaissant qu’à titre d’organisme national il représentait une source d’information et des connaissances qui pouvaient contribuer à renforcer la communauté artistique, le Conseil a commencé à élargir son soutien en fournissant des services et des outils (ateliers, expositions et occasions de développement professionnel) aux artistes et organismes artistiques. L’organisme a misé davantage sur la diffusion de la recherche et de l’information portant sur les arts.
- Dans les années 1990, en réponse à des appels à l’action lancés par les communautés artistiques autochtones et de différentes cultures, le Conseil a reconnu que ses programmes, ses comités et son personnel ne reflétaient pas le visage du Canada moderne. Suivant les conseils de comités pour l’égalité raciale et des arts autochtones, le Conseil s’est engagé à favoriser activement les pratiques artistiques des artistes Autochtones et des différentes cultures, et a adopté l’égalité raciale comme objectif organisationnel. Pendant cette décennie, le Bureau de l’équité et le Secrétariat des arts autochtones ont été créés et les deux comités consultatifs correspondants ont été établis. Le Conseil a aussi mis sur pied le Bureau Inter-arts pendant cette décennie, en réponse au métissage entre les disciplines et à l’arrivée de nouvelles pratiques artistiques. Il a commencé à accorder des subventions pluriannuelles de fonctionnement et a augmenté considérablement les prix et récompenses octroyés aux artistes. Au cours de cette période, certaines municipalités au pays ont assumé un rôle bien plus actif sur le plan du financement des arts.
- Parmi les changements internes introduits dans les années 1990, le Conseil a notamment augmenté sa capacité de communiquer et a accordé plus de poids à la communication avec la communauté artistique, le public, le gouvernement, les députés aux Communes et les médias, par différents moyens, incluant un site web.
- Pendant la période d’examen des programmes fédéraux, au milieu des années 1990, le Conseil a traversé une période de changements internes draconiens. En réponse à des compressions financières, l’organisme a réduit son personnel de moitié et a éliminé ou consolidé plusieurs programmes. Par l’application de ces mesures, le Conseil cherchait à éviter de réduire ses budgets de subventions.
- Dans la présente décennie (depuis l’an 2000), le gouvernement fédéral a accordé de nouveaux fonds au Conseil à plusieurs reprises. Pour favoriser une plus grande stabilité au sein des organismes artistiques, le Conseil a mis l’accent sur l’accroissement de la capacité et de la santé organisationnelle à long terme de ces organismes. La plus récente augmentation de fonds du gouvernement, c’est-à-dire les sommes additionnelles de 20 millions de dollars en 2006-2007 et de 30 millions de dollars en 2007-2008 annoncées dans le budget fédéral de mai 2006, a permis au Conseil d’accroître son soutien aux organismes artistiques qui reçoivent des subventions de fonctionnement, y compris un soutien important aux grands organismes. En réponse aux nouvelles méthodes de travail des artistes, le Conseil a aussi apporté plusieurs changements à ses programmes pour les assouplir; a augmenté les subventions de projets; et a transformé son Programme de collaboration entre les artistes et la communauté (PCAC) en programme permanent. Le Conseil a également établi des projets permettant le rapporchement entre artistes et d’autres secteurs de la société, comme celui des sciences.
- Dans la présente décennie, pour répondre à l’augmentation continue du nombre d’artistes, au taux élevé de demandes et à l’introduction de nouvelles technologies, le Conseil a ajouté un processus de traitement électronique de demandes de subventions. Il a comblé une lacune dans ses processus de planification en adoptant des plans d’entreprise triennaux et porte une plus grande attention aux questions d’évaluation et de responsabilisation. En reconnaissance de l’évolution importante du paysage du financement et du fait qu’il n’est plus le seul, ou même le plus important organisme de soutien aux arts dans plusieurs régions du pays, le Conseil a favorisé la création d’un réseau de collaboration entre les organismes provinciaux et territoriaux de soutien aux arts. De plus, il a accentué ses activités de promotion des arts afin de répondre au besoin d’augmenter la participation du public aux activités artistiques. En dernier lieu, le Conseil a affirmé, dans cette décennie, sa volonté d’assumer un rôle plus proactif de « chef de file » dans les arts, par sa contribution à l’amélioration du cadre fédéral de soutien aux arts, et le partage accru de ses connaissances nationales des arts avec les autres parties intéressées.
La croissance de la communauté artistique canadienne depuis la création du Conseil en 1957 a été extraordinaire, ce qui rend toute comparaison entre cette époque et aujourd’hui presque impossible. Cependant, deux différences entre ces périodes sont plus frappantes que les autres :
- La différence marquée dans le nombre et les champs d’activité des artistes et organismes artistiques professionnels au Canada : En 1957, le Conseil finançait 29 organismes artistiques, en majorité des compagnies de répertoire des arts de la scène, et deux artistes. Aujourd’hui, le Conseil offre chaque année un soutien financier à plus de 2000 organismes et à plus de 2000 artistes représentant un large éventail de disciplines et de pratiques artistiques. En outre, plus de 900 de ces organismes reçoivent également du soutien au fonctionnement. Chaque année, le Conseil reçoit près de 16 000 demandes et accorde quelque 6000 subventions. En 2005-2006, le Conseil des Arts a accordé des subventions totalisant plus de 120,5 millions de dollars, incluant :
- 4068 subventions à des organismes totalisant près de 102,3 millions de dollars;
- 2122 subventions à des artistes totalisant près de 18,3 millions de dollars.
Bien que les données définitives ne soient pas encore établies, cette somme augmentera en 2006-2007, à la suite de l’apport de 50 millions de dollars en fonds nouveaux au Conseil des Arts, comme le gouvernement fédéral l’avait annoncé dans son budget du 2 mai 2006. Cet apport de fonds a été réparti sur deux ans, soit 20 millions de dollars en 2006-2007 et 30 millions de dollars en 2007-2008.
- La diversité et la maturité de la communauté artistique : Dans ses premières années, le Conseil avait contribué à favoriser et à développer l’infrastructure des arts professionnels au Canada. Aujourd’hui, même si la communauté artistique manque encore de ressources financières, elle est bien établie et développée, ses pratiques et formes d’expression sont diversifiées et la qualité de ses œuvres est reconnue sur la scène nationale et internationale.
En prévision de ce processus de planification stratégique, le Conseil a analysé les tendances courantes dont il doit tenir compte alors qu’il se tourne vers l’avenir. Cette analyse explore les tendances dans le domaine des arts et dans la société en général, notamment :
- les changements démographiques et sociaux;
- les changements dans les attitudes du public et dans l’ensemble de la société;
- les changements dans la communauté artistique;
- les changements au sein des gouvernements et des organismes publics de soutien aux arts; et
- les changements attribuables à l’internationalisation ou à la mondialisation.
Un survol des tendances clés dans chacun de ces secteurs est présenté à Le contexte actuel pour les arts et le Conseil et des travaux de recherche plus détaillés sur ces questions sont affichés sur le site web du Conseil des Arts.
Août 2007
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